La Marmite du pêcheur

IMG_5077Direction Saint-Philippe aujourd’hui, patrie du pimpin, du vacoa, de la nature qui luxure entre le vert et le bleu, avec le noir du basalte entre les deux. Nous retournons à la Marmite du Pêcheur, adresse visitée en 2015, qui nous avait laissés sur notre faim malgré une fourchette en argent.

Cette fois-ci, nous débarquons en semaine. Pas âme qui vive à 11h30. Cela se remplira au fur et à mesure et l’agréable terrasse est prisée. Les lieux sont en tout point identiques à nos souvenirs : outre cette terrasse, une grande salle confortable bien qu’un peu froide. Le style général, tables comprises, est classieux sur les bords, sans ostentation. L’accueil est souriant et très professionnel. Au menu du jour : gratin de papaye ou assiette créole, cari de porc palmiste, cari de poulet ou cari de poisson du jour, puis une assiette de trois desserts avec café. Saint-Philippe étant aussi la patrie du palmiste, nous optons pour le cochon, plus l’assiette créole.

Un punch nous fait patienter. À vue de nez, du jus de fruit en brique avec du rhum. Il est suivi d’un amuse-bouche au saumon avec un petit beignet de bringelle.

IMG_5083L’assiette créole ouvre la séance. C’est un achard de légumes, accompagné d’un samoussa, d’un bonbon piment et d’un beignet de morue, décorés d’une feuille de salade fatiguée. Ces fritures sont relativement correctes, la farce du samoussa est molle. Le achard est coupé «gros doigts», ou plutôt au robot, et à part une acidité teintée d’amertume, pas grand-chose. Nous avons presque l’impression de manger du curcuma à la cuillère. Heureusement les légumes sont croquants, mais leur saveur est écrasée. Les émincés de gros piment sauvent l’honneur. Cela fait un bon moment que nous n’avons pas vu de bons achards de légumes au restaurant. Certains objecteront que sa préparation «comme avant» prend trop de temps.

IMG_5085Le cari de porc, à la vue déjà, ne fait pas envie, même présenté dans une petite marmite. Aucun semblant de décor pour donner de la couleur au plat. En bouche, c’est pire. À la mastication, les gros morceaux de chair, filandreux et secs, dégagent un arrière-goût de cochon brut, sans finesse. Un goût qu’on oublie assez vite puisque le cari est atomisé par un poivre dosé à la grosse Bertha. Lequel poivre a bien sûr phagocyté la saveur du palmiste qui, de toute façon, n’a visiblement pas eu le temps de boire le jus du cari, puisqu’il est dur sous la dent et filandreux aussi, Félicie. Il faudrait appeler ça un «cari de poivre au porc palmiste en filasses». Pour être tout à fait honnête.

Les grains sont trop salés et se sont accrochés au fond de la marmite vu la réminiscence cramée qui remugle. Le riz est passable. Le rougail tomate est lui aussi coupé gros, comme on le voit souvent, il faut croire que les restaurants de cuisine réunionnaise «de standing» ont oublié ce que c’est qu’un pilon. Résultat : le rougail est médiocre, d’autant que les tomates commencent à refouler cette saveur de maturation proche de la date limite. L’autre rougail, concombre, est standard.

IMG_5090Le café gourmand du dessert ne nous laissera pas non plus un souvenir impérissable. Ni les douceurs chocolatées, ni cette crème couchée de goyavier, quelconque. Pour ce menu sans relief, nous avons payé 20 euros. Le rapport qualité prix est mauvais.

Peut-être aurions-nous dû choisir le poisson. Un adage nous vient à l’esprit quand on regarde la salle, le standing plus ou moins affiché, et ce que nous avons eu dans notre assiette : «Qui trop embrasse, mal étreint». Et ce genre de cuisine «réunionnaise» n’étreint plus rien d’autre que les objectifs de rentabilité. C’est bâclé. C’est une injure à notre gastronomie authentique, dans un lieu qui se trouve en première ligne du tourisme. En l’espèce, et malheureusement, la Marmite du pêcheur ne fait pas exception en la matière, bien d’autres adresses touristiques sont du même moule, y compris les hôtels d’ailleurs. Jusqu’à preuve du contraire, en matière de cuisine locale, il n’y en a pas un pour racheter l’autre, à quelques rares exceptions près. C’est inadmissible. La Marmite du pêcheur serait bien inspirée de revenir à une cuisine plus goûteuse, plus respectueuse de nos traditions, quitte à changer de registre. Compte tenu de ce que ce restaurant représente dans le Sud Sauvage, nous ne pouvons qu’être sévères, en espérant qu’il s’agisse d’un incident. En conséquence, pas d’autre choix que de ficher une fourchette en plastique sur le menu de la Marmite du pêcheur, aujourd’hui.

FourchettesPour résumer. Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : moyen • Service : très bien • Qualité des plats : mauvais • Rapport qualité-prix : mauvais. Impression globale : insuffisant
Fourchette en plastique

LA PRÉSENTE CRITIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE LE 10 NOVEMBRE 2017, À PARTIR DE MIDI, ET NE PRÉTEND PAS ÊTRE UNE VÉRITÉ ABSOLUE ET DÉFINITIVE. NOTRE POINT DE VUE EST SUBJECTIF, PAR NATURE, MAIS PARFAITEMENT HONNÊTE. NOUS CERTIFIONS N’AVOIR AUCUN RAPPORT DE PRÈS OU DE LOIN AVEC LES PROPRIÉTAIRES DE CE RESTAURANT ET AUCUN INTÉRÊT À ATTRIBUER À CE DERNIER UNE BONNE OU UNE MAUVAISE NOTE. DANS TOUS LES CAS, LE RESTAURANT DISPOSE D’UN DROIT DE RÉPONSE.
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L’Eskal Gourman

IMG_1015L’été qui revient nous pousse aujourd’hui a emprunter les lacets de la Plaine-des-Palmistes pour prendre le frais et déjeuner. Nous avons visité la plupart des restaurants de ce joli village, depuis que cette rubrique existe.
La Ferme du Pommeau, Le Relais des Plaines, l’Escale des Calumets, Le Platane, Le Ti feuille Songe (aujourd’hui disparu) et dernièrement le Relais des Pitons, ont été passés à la moulinette, avec plus ou moins de bonheur. L’or n’a jamais été au rendez-vous.

IMG_1014Cette fois nous descendons à l’Eskal Gourman, à côté de la place du marché. Quelques tables à l’intérieur, une terrasse, et des bacs à caris. Ici c’est semi-self service et plateau. L’accueil est poli. Au menu : rôti de dindonneau, porc massalé aubergine (et pas « bringelles » ! ), civet zourite, poulet dakatine, rougail saucisses, tout ça accompagné au choix de riz blanc ou riz jaune au petit pois. Va pour le civet, le dindonneau et le rougail saucisses. Nous posons nos plateaux, nos séants, et attaquons.

IMG_1011Le civet zourite a une belle couleur, mais joue à la chambre à air : c’est caoutchouteux. Pas au point d’en être immangeable, encore heureux. Un petite cuisson un peu plus poussée ne lui aurait pas fait de mal. Côté épices, c’est mince. Le girofle est comme la sœur Anne, le poivre est timide, les humeurs de vin autistes. Ce civet là conviendra très bien aux délicats qui n’aiment pas les goûts trop prononcés, comme celui qu’un civet zourite civilisé a logiquement tendance à proposer.

IMG_1010Le dindonneau ferait presque mieux. La chair est peu sèche, mais fade, d’autant que le rôti est tout enrobé d’une sauce au poivre vert au tempérament affirmé. C’est mangeable, mais pas transcendant.

Le rougail saucisses est de la catégorie des standards de barquette. Les tranches fines délivrent une saveurs plutôt satisfaisante dans leur sauce rouge qui imbibe le riz. Mais là encore, nous avons largement vu mieux.

Dans cette morne plaine gustative où on s’emmerde à cent sous de l’heure, un petit rougail oignon-citron tire son épingle du jeu. C’est pimenté mais pas trop, et l’acidité parfumée de l’agrume s’est bien mariée avec celle de l’oignon. Cela réveille le zourite. Le riz est dans la même veine que les caris : banal. Même le riz jaune, curcumaté au camion tout-venant, sec, accompagne mal les caris.

Nous n’envisageons même pas de dessert, et réglons une note de 42,50 euros, boissons comprises, pour 3 pesonnes. Sachant qu’un repas sur place est facturé à partir de 12 euros (7, à emporter). Le rapport qualité-prix est limite.

L’Eskal Gourman affiche sans honte « spécialités au feu de bois ». Ah bon ? Réchauffé au feu de bois alors, parce que du fumet caractéristique du cari cuit au feu de bois : zéro. Ou sans doute n’avons nous pas eu droit aux « spécialités ». Car effectivement, ce repas n’a rien eu de spécial. L’Eskal Gourman est un camion bar moyen déguisé en restaurant. Des plats cuisiné par dessus la jambe, à l’économie, pour remplir les ventres. Pas pour ravir les palais. Le genre de plats qu’on a davantage l’habitude de voir en ville plutôt que dans la verdure des villages des hauts, où on s’attend à manger des bon caris, dussent-ils être préparés avec des produits standards.
Le service quant à lui est assez professionnel. Il n’y a pas grand chose d’autre à dire, sinon que l’Eskal Gourman a mérité sa fourchette en inox.

 

finoxPour résumer. Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: Self • Service : bien • Qualité des plats : moyens • Rapport qualité-prix:  perfectible. Impression globale : insignifiant.
Fourchette en inox

LA PRÉSENTE CRITIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE LE 4 NOVEMBRE 2017, À PARTIR DE MIDI, ET NE PRÉTEND PAS ÊTRE UNE VÉRITÉ ABSOLUE ET DÉFINITIVE. NOTRE POINT DE VUE EST SUBJECTIF, PAR NATURE, MAIS PARFAITEMENT HONNÊTE. NOUS CERTIFIONS N’AVOIR AUCUN RAPPORT DE PRÈS OU DE LOIN AVEC LES PROPRIÉTAIRES DE CE RESTAURANT ET AUCUN INTÉRÊT À ATTRIBUER À CE DERNIER UNE BONNE OU UNE MAUVAISE NOTE. DANS TOUS LES CAS, LE RESTAURANT DISPOSE D’UN DROIT DE RÉPONSE.

Un autre son de cloche

[Découverte]

IMG_4458Depuis une petite année, dans le quartier de la Délivrance, aux pieds de la magnifique église éponyme, résonne un Autre son de cloche. Non pas les matines, ni l’angélus, mon père, mais celui des cuisines de Jean-Noël, enfant du Bon Dieu et d’Épicure, qui, presque chaque jour que l’Éternel fait, gratifie sa clientèle de ses petits plats arrangés avec amour, selon son inspiration et les produits frais offerts par notre belle nature.

IMG_4460 okTrois entrées, trois plats et trois desserts autorisent de multiples combinaisons, et si vous voulez vous faire la totale, entrée, plat et dessert, il vous en coûtera 28 euros, plus la monnaie pour la quête.
Une gourmandise qu’il ne faut pas confondre avec gloutonnerie. La première est signe que vous aimez les bonnes choses, la seconde que vous avez un palais en galva associé à une panse sans fond. Chez l’abbé Jean-Noël, l’on entretien la première sans vous encourager à la seconde. Chaque plat est dosé, dressé avec soin, et malgré les apparences, vous sortez repus, la conscience tranquille, la vésicule joyeuse. Arrosé d’un bon petit vin que vous conseille le patron, ce repas se digère comme le petit Jésus pour un nouveau communiant.
Aujourd’hui nous dégustons des crevettes sauce tartare pommes vertes et fenouil, une entrecôte, jus et condiments et un pain perdu, fraises et crème fouettée.

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IMG_4473 okUne entrée de crevettes tout en jeu de sensations. La sauce tartare donnant de l’épaisseur et relevant les crustacés qu’on a cru se tasser. La pomme verte et le fenouil apportent du croquant et une fraîcheur anisée qui habille bien les bestioles.
L’entrecôte demandée saignante est conforme à nos souhaits. Elle est tendre -la vache- persillée, picote sur les entournures, rince les petits légumes de son jus magnifique de viande rouge, brut et non brutal, et sa purée de patate fraîche veloutée, que nous terminons lentement pour faire le deuil de la viande désormais disparue. Peine perdue. Et pain perdu. Place au dessert.
Quelle chanteuse célèbre adore le pain perdu ? Hélène Ségara. Si vous n’avez pas compris tout de suite, vous rirez la semaine prochaine.

Le notre a ramené sa fraise, puis filé comme un mirage, mie imbibée, croûte aussi, crème fouettée, dessert béni. Cela s’appelle se prendre un pain. Cette douceur de l’enfance, goûter d’hiver quand brouillard i marche kat’pat. Mais l’été pointe, lentement. Et c’est le soleil qui brille sur les menus de l’Autre son de cloche.

Mais Jean-Noël veut rester discret. Pas de pub. Donc rappelez-vous : vous ne lisez pas cet article, vous n’irez pas acheté le journal, nous n’avons pas été manger ce délicieux repas, qui n’existe pas. Vous ne vous précipiterez pas là-bas ventre à terre, pour entendre ce very « bel » bell. Et passer cette porte du paradis des gourmets. God bless cette adresse.


26 Place de la Délivrance – Petite-île, Saint-Denis
0692 97 23 33

Le Royal Palmiste

IMG_4435Au cœur de la jolie bourgade de l’Entre-Deux, avec ses jolies cases créoles typiques, nous allons aujourd’hui tester un restaurant qui fut un temps fermé, et que nous avions repéré bien avant que cette rubrique n’existe. Notre dernière visite, dans un autre restaurant de cuisine locale à l’Entre-Deux, qui date déjà de 2011, ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable, sauf peut-être celui d’un choka mal préparé amer comme le fiel.

Aujourd’hui nous descendons donc au Royal Palmiste, allusion, sans doute, à la rangée de palmiers royaux qui borde la petite case créole refaite quasi à neuf depuis notre précédent passage. Les gérants ont opté pour la formule du buffet à volonté à 16 euros.

L’accueil du solide et moustachu patron est souriant et aimable. Il nous invite à prendre place et l’on vient nous porter l’apéritif. Outre des entrées de crudités crues ou cuites, un massalé cabri, un civet de pintade, des saucisses au choka (la spécialité) et un sauté de morue attendent d’être dégustés. Nous n’allons pas les faire attendre longtemps.

IMG_4440Les crudités sont fraîches, et bien arrangées par une vinaigrette joyeuse. Nous apprécions particulièrement la salade de choux-fleur juste mi cuits, qui ont conservé assez de croquant, et la macédoine de légumes. Ces préliminaires achevés, nous tombons sur les caris à bras raccourcis. Dans l’ordre du plus ordinaire au plus goûtu : Le civet, le massalé, la morue et les saucisses.

IMG_4442Nous trouvons le civet bien sec. C’est normal : c’est de la pintade, qui a dû s’entraîner pour le Grand Raid, sans doute, avant de passer à la casserole. Parce sa viande, raide, elle est ! Raide et passablement sèche donc, elle offre conséquemment en bouche une texture un peu brute. Fort heureusement tout cela est bien arrangé par un assaisonnement correct, avec des épices bien roussies et un vin de qualité. « Ce n’est pas du Co… (Ooops, pas de marque ! Il veut dire : « gros rouge »), mais du Bordeau », précise le restaurateur. La pintade est presque noire. Si l’odeur est tout à fait conforme à celle d’un civet bien sous tous rapport, la saveur du vin cuit s’en va un peu vite, laissant en finale une sorte d’amertume acide, derrière un sel trop présent. Quelque persil haché par-dessus aurait fait merveille.

Le sel roule aussi les mécaniques dans le massalé cabri, avec cette fois l’avantage de tempérer quelque peu le caractère de vieux bouc de la viande, aidé par un massalé puissant mais non agressif. C’est un peu loin du souvenir que nous avions gardé de ce même plat, dégusté au même endroit. La viande était plus tendre, le massalé plus nuancé et complexe, et le cotomili était présent, si nos souvenirs sont bons. Cela reste quand même un bon cabri-massalé, même s’il est un peu gras aux entournures, la faute à la sauce.

Avec la morue, on passe au niveau supérieur. Nous aurions pu croire que le sel ramènerait sa fraise, là plus qu’ailleurs, eh bien non. La chair est bien éclatée menue, sautée avec justesse en compagnie des oignons et de trop rares gros piments coupés dans la longueur. Le goût musqué du poisson est pourtant un peu timide. C’est qu’on ne trouve plus que difficilement de la bonne morue, ma bonne dame, et un dessalage appuyé vous envoie les saveurs aux cent diables. Cette morue-ci se finit quand même sans broncher. Un petit piment vert « crasé » lui aurait donné davantage de tonus, comme les épinards pour Popeye.

IMG_4437Tout en haut du podium aujourd’hui : les saucisses au choka. Une merveille. D’abord des saucisses fumées odorantes et goûtues, fines, charnues, qui évoquent la campagne et la tradition créole du cochon des familles trucidé de bonne heure dans le frimât des hauts, tandis que les mains s’activent à préparer les épices. Des saucisses du Tampon, selon le patron. Le choka en julienne pour sa part s’est imprégné de leur fumet, pour jouer en tandem avec son propre goût prononcé, qui rappelle ici un mélange subtil de chou de coco et de cambarre, avec une texture équilibrée, ni trop molle, ni trop dure, et soyeuse sous la gencive. L’ensemble se mange sans faim.

Pour accompagner, un excellent riz gourmand, qui s’imprègne bien des sauces ; des gros pois en crème, qui ont de la cuisse ; et un rougail citron-oignon hélas solitaire. Étant repus, nous n’envisageons pas de dessert, et réglons une note de 39 euros pour deux personnes. Le rapport qualité prix est bon.

Le Royal Palmiste s’appelait autrefois le Choka, et a retrouvé ses premiers gérants. Un changement de nom pour tourner une page sans doute, mais le choix du buffet, s’il a des avantages indéniables, retire un peu de cette ambiance conviviale et hospitalière propres aux établissements de cuisine créole des hauts. Par bonheur, les plats ont un niveau correct et respectent la tradition réunionnaise, malgré un sel trop présent sur deux caris et un cabri un peu dur. Pour aller plus loin, un ou deux rougails supplémentaires donnerait le choix des accompagnements, car le sempiternel rougail citron-oignon n’est peut-être pas si passe-partout que cela. Exemple aujourd’hui : un rougail concombre, pour aller avec le massalé, et un piment vert, pour servir la morue, auraient été bienvenus. Si l’on ajoute le cadre simple et agréable et des gérants relativement accueillants, l’on a tous les arguments pour décerner au Royal palmiste une honnête fourchette en argent.

Un petit tour à la charcuterie

C’est vendredi. Précipitez-vous savates dans la main vers la charcuterie située à deux pas du Choka, dans la rue perpendiculaire, pour acheter leur boudin. Leur saucisse avait participé au concours de la saucisse d’or de l’année dernière, et leur boudin est très bon. Moelleux, magnifiquement épicé, avec un persil causant et la petite claque pimentée qui va bien, ce boudin, réchauffé, sera le prince de votre entrée pour le repas de famille, accompagné d’un petit mesclun ou du traditionnel cresson.

FourchettesPour résumer. Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: perfectible • Service : bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix:  bon. Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

LA PRÉSENTE CRITIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE LE 13 OCTOBRE 2017, À PARTIR DE MIDI, ET NE PRÉTEND PAS ÊTRE UNE VÉRITÉ ABSOLUE ET DÉFINITIVE. NOTRE POINT DE VUE EST SUBJECTIF, PAR NATURE, MAIS PARFAITEMENT HONNÊTE. NOUS CERTIFIONS N’AVOIR AUCUN RAPPORT DE PRÈS OU DE LOIN AVEC LES PROPRIÉTAIRES DE CE RESTAURANT ET AUCUN INTÉRÊT À ATTRIBUER À CE DERNIER UNE BONNE OU UNE MAUVAISE NOTE. DANS TOUS LES CAS, LE RESTAURANT DISPOSE D’UN DROIT DE RÉPONSE.

Le Belvédère

IMG_0732Mare-à-Vieille-Place. Ce joli village du cirque de Salazie, au cachet authentique, où officie le charcutier titulaire de la saucisse de bronze 2015 (première édition de notre concours de la meilleure saucisse), est le passage obligé vers Grand-Ilet. Un coin charmant connu pour son point de vue panoramique sur Mare-à-Martin de l’autre côté du rempart. Un point de vue où il fait bon pique-niquer et qui donne son nom au restaurant que nous testons aujourd’hui : Le Belvédère.

IMG_0722Le restaurant, qui est également un snack et une salle de jeu, est logé dans une case créole patinée. Quelques tables espacées dedans, quelques autres sous l’étroite terrasse en façade, l’intérieur est arrangé simplement. C’est propre. Le jeune barbu qui nous accueille est sans doute le patron. Il nous invite à nous installer et nous demande de choisir parmi les quatre caris du jour.

Nous nous laissons tenter par un civet de canard et un massalé de coq, plus un rougail saucisse pour la route. Les assiettes sont dressées puis déposées sur notre table rapidement, avec les boissons. Ca bave un peu du côté des gros pois. La portion de cari est chiche. Nous attaquons.

IMG_0721Le civet de canard, d’une belle couleur sombre, très bien épicé, est un peu timide à l’odeur mais se rattrape en bouche. C’est très bon. Le vin parfume la chair sans faire semblant, mais sans brutalité non plus. Le poivre, et un girofle boute-en-train, l’accompagnent efficacement, en sublimant la saveur brune du volatile. Pas de sauce grasse, et c’est bien, mais pas de persil haché dessus non plus, et c’est dommage, il aurait aidé le cari à avoir plus de panache au nez. De plus, c’est mal nettoyé, des racines de plumes sont encore présentes sur les ailes…

IMG_0716Le coq massalé est de la même trempe. Et même davantage si l’on ne juge que par sa texture musclée. Il propose un mordant qui n’autorise pas les dents déchaussées. Un temps de cuisson supplémentaire l’aurait assoupli davantage, mais qu’importe : ce coq-là est du coin, il y a de fortes chances, bénéficiant du grand air, si l’on en juge par son caractère affirmé, que le massalé parvient à peine à maîtriser, comme un cow-boy sur un cheval sauvage. C’est du massalé équilibré, ni trop agressif, ni trop subtil, mais une ou deux cuillères de plus et du caloupilé n’auraient pas été de trop, à notre sens tout du moins. Les palais plus délicats ont amplement apprécié. La dose de sel est parfaite dans ces deux caris, ainsi que dans le rougail saucisses que nous dégusterons ultérieurement.

Assez bon rougail, bien qu’un peu sec. La sauce n’a presque pas teinté le riz, et ce n’est pas un défaut de service : elle doit être assez maigre, bien qu’elle colore les saucisses suffisamment pour que l’appellation « rougail » soit méritée. Les saucisses elles-mêmes sont aussi du coin, supposons-nous. Cette saveur poivrée et chambrée, cette texture particulière de viande hachée gros, c’est de l’ouvrage artisanal, à n’en point douter. Un rougail concombre croquant et assez pimenté pour chauffer les touristes accompagne très bien le coq ou le canard.

IMG_0728Les pois du Cap en « creume » aussi d’ailleurs. Seul le riz nous déçoit quelque peu. Ce n’est pas ce vilain riz grain long, sec, auquel le hasard de nos visites nous a abonnés dernièrement, mais ce n’est pas très goûtu non plus. À changer, à notre humble avis. Nous terminons par des bananes flambées, très bonnes. Un dessert simple mais qui clôt le repas sur une belle note sucrée.

L’addition se monte à 35€ pour trois caris dont un à emporter, deux boissons et deux desserts. Le rapport qualité-prix est correct.

Le Belvedère est un endroit sympa, dans un style évoquant les boutiques d’autrefois, le chinois en moins, et propose une belle vue sur une cuisine réunionnaise authentique et très goûtue. L’accueil et le service qui nous ont été offerts étaient souriant et attentionnés. Nous ne déplorons que quelques détails, où se loge le diable. Des négligences sans grande importance en soi, mais qui dénotent un manque d’attention professionnelle. Les couverts d’abord, qui sont dépareillés, dont des couverts d’enfant. Petite fourchette qui plie, couteau faiblard avec les viandes fermes des caris. La remarque est faite au gérant, qui nous objecte que les couverts en inox sont difficiles à trouver et chers (ah bon?). Nous lançons ici un appel pour qu’un fournisseur obligeant s’occupe du Belvedère, s’il vous plaît ! La serviette en papier ne vaut pas mieux. A peine s’est-on essuyé les mains qu’elle se déchire. Des quantités de cari à revoir pour les « bons » mangeurs, pas de carafe d’eau sur la table (récurrent dans beaucoup d’autres établissements), un morceau de gingembre gros comme un ongle qui nous passe sous la molaire (heureusement, nous adorons ça !), une cuisson du coq un peu juste en rapport à sa fermeté naturelle, pas de brèdes (on est dans les hauts, tout de même, mais ça aussi c’est récurrent), les assiettes dressées mais non essuyées, autant de petites choses qui, corrigées, donneraient au restaurant un côté plus « pro », sans dénaturer son authenticité. Un problème de temps et de manque de personnel, sans doute. Rien de bien grave de toute manière. Avec un peu plus d’efforts, d’envie et de motivation (si c’est possible), la fourchette d’or est très largement accessible. Aujourd’hui nous avons le plaisir de compléter la vaisselle du Belvedère avec une jolie fourchette en argent (honorifique) !

FourchettesPour résumer. Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: perfectible • Service : très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix:  bon. Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

LA PRÉSENTE CRITIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE LE 17 SEPTEMBRE 2017, À PARTIR DE MIDI, ET NE PRÉTEND PAS ÊTRE UNE VÉRITÉ ABSOLUE ET DÉFINITIVE. NOTRE POINT DE VUE EST SUBJECTIF, PAR NATURE, MAIS PARFAITEMENT HONNÊTE. NOUS CERTIFIONS N’AVOIR AUCUN RAPPORT DE PRÈS OU DE LOIN AVEC LES PROPRIÉTAIRES DE CE RESTAURANT ET AUCUN INTÉRÊT À ATTRIBUER À CE DERNIER UNE BONNE OU UNE MAUVAISE NOTE. DANS TOUS LES CAS, LE RESTAURANT DISPOSE D’UN DROIT DE RÉPONSE.

Le Rendez-vous

RDV intéreiurNous n’avons pas rendez-vous, mais c’est bien le Rendez-vous que nous décidons de tester aujourd’hui, un restaurant situé sur la voie de liaison portuaire, au front de mer côté nord du Port.

L’endroit est fréquenté des cadres et patrons de la zone. De l’extérieur, le restaurant ne paie pas de mine. Il est en effet installé dans ces préfabriqués type Algeco, et en cela il se fond parfaitement dans le paysage au point presque de disparaître. Nous poussons la porte et c’est un tout autre décor qui s’offre au regard : parquet flottant imitation bois, miroir encadrés, une touche orientale, joli mobilier, table dressées à l’équerre, belle vaisselle. Le contraste est saisissant.

IMG_4279Nous sommes très aimablement accueillis par deux dames fort souriantes, qui nous placent et nous amènent le menu du jour sur tableau. Malheureusement pour nous, une des chaises est posée pile à un endroit ou le parquet flotte un peu plus que la normale. Il ondule même à chaque fois que quelqu’un y met les pieds, et la chaise suit le mouvement. C’est désagréable mais nous ne mouftons pas. Le menu est créole pour l’essentiel, teinté de quelques plats métros et mauriciens comme le briani. Pas moins de 25 plats et 6 entrées sont proposés, des classiques rougails morue et saucisses au Ti-Jacque, en passant par les camarons et poissons. C’est un peu beaucoup. Nous ne nous faisons pas d’illusion : point d’armée en cuisine mais plutôt une belle chambre froide avec des caris préparés d’avance. Et les tarifs pratiqués sont un peu sévères pour du surgelé. Mais enfin après tout, si c’est bon…

Deux bonbons piments tout chauds, épais et savoureux, sont proposés en amuse-bouche. Un concentré de cotomili, de cumin et de curcuma qui envoie du lourd avec du piment. Nous adorons. Suit un jus de mangue et ananas tout à fait savoureux et rafraîchissant bien que très sucré.

IMG_4280Nous commandons un cari la patte cochon et un « riz chauffé saucisse pétée », plat traditionnel s’il en est. Nous entamons le repas avec un « méli-mélo de zourite – palmistes », une entrée à 14€. Celle-ci est présentée comme un tartare, sur lit de salade verte et quelques juliennes de carotte. C’est assez bien fait. Pas besoin de plusieurs bouchées pour se rendre compte que ce méli-mélo est vinaigré à la louche, et salé à la pelle. Conséquence logique : les saveurs subtile du palmiste et musquée du zourite ont quasiment disparu. Le mélange, qui promettait d’être intéressant, est gâché. Ne subsiste que le croquant des légumes, et plus grand-chose.

IMG_4284Le cari la patte-cochon est à l’inverse pauvre en sel, et en épices en général. Nous n’avons pas vu l’ombre d’une feuille de thym, ni senti le moindre poivre. La viande est certes abondante, ce n’est pas un « cari le zo » mais ne propose qu’une vague saveur de cochon brut, et devient très vite insipide sur la longueur. L’aspect de la sauce en dit long sur l’affaire : la patte a dû patauger dans quelques hectolitres de flotte en compagnie d’un oignon célibataire et du curcuma pour la couleur. Elle eut été plus colorée (dans tous les sens du terme) si elle avait accroché au fond de marmite en fin de cuisson à l’étouffée, avec des épices correctement roussies, puis déglacée pour en dégager les sucs.

IMG_4286Le riz chauffé saucisses pétées a usurpé son nom. D’abord, c’est au mieux un riz cantonnais au rabais, sinon un riz frit à la mauricienne, d’autant que les grains sont longs type basmati. Des œufs et des oignons verts l’agrémentent. Et il a été tourné dans un fond de sauce de poisson, vu les humeurs vaguement marines qui s’en dégagent. Les saucisses, moulues fin, ne sont absolument pas pétées. Trop maigres pour l’être. Ce sont des saucisses frites tout simplement. Pas mauvaises. On est loin du vrai riz chauffé, tourné à l’huile ou au saindoux, salé et chauffé au piment zoizo bien vert, avec du bon riz grain moyen, et pas cette chose sèche, qui accompagne aussi la patte-cochon.

IMG_4285Les lentilles sont correctes, sans étincelles. Deux rougails sont proposés : oignons et gros piment, plus dakatine. Bon point pour ce dernier, plus épais, plus « roots » et plus goûteux que les diarrhées de mimites rencontrées tantôt dans deux autres restaurants. Nous faisons l’impasse sur les dessert. L’addition se monte déjà à 54 € pour deux personnes. Le rapport qualité-prix est mauvais.

Dans la zone industrielle du Port, en face du parcours santé du front de mer, qui, soit dit en passant, est bien plus joli que le champ de ruines du littoral dionysien, le Rendez-vous est celui des chefs d’entreprises et de leurs collaborateurs et collaboratrices, triste dehors, confortable dedans. Des gens qui travaillent aux alentours, et/ou habitués, qui trouvent sans doute la cuisine de ce restaurant correcte. Il ne faudrait pas qu’un autre restaurant de bonne cuisine locale s’installe à proximité parce « Le Ren-dez-vous » va le sentir passer, au risque de finir par s’appeler « Le Lapin ». Un lapin posé par des clients qui réaliseront que cette cuisine est finalement très moyenne, si ça continue comme ça, bien sûr. Certes l’accueil et le service sont très pros, mais ça ne suffit pas. Il ne suffit pas non plus de mettre les plats dans de la belle vaisselle, dressée dans une jolie salle décorée chic, pour qu’ils soient bons. Il faut aussi les cuisiner correctement, faire en sorte que les aliments aient du goût, et pas seulement un goût de sel. Et cela passe sans doute par un menu moins pléthorique qui éviterait de déguiser de la nourriture de cantine en plats élaborés. Et tant qu’à faire, si on propose des plats traditionnels, autant qu’ils soient exécutés comme tels, pour qu’ils méritent leur nom. Des mesures qui contribueraient peut-être à justifier des tarifs éhontés. Voici un repas qui ne mérite pas plus qu’une fourchette en inox. Terne.

finoxPour résumer. Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats: bien • Service : très bien • Qualité des plats : moyens • Rapport qualité-prix:  mauvais. Impression globale : moyen
Fourchette en inox

LA PRÉSENTE CRITIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE LE 8 SEPTEMBRE 2017, À PARTIR DE MIDI, ET NE PRÉTEND PAS ÊTRE UNE VÉRITÉ ABSOLUE ET DÉFINITIVE. NOTRE POINT DE VUE EST SUBJECTIF, PAR NATURE, MAIS PARFAITEMENT HONNÊTE. NOUS CERTIFIONS N’AVOIR AUCUN RAPPORT DE PRÈS OU DE LOIN AVEC LES PROPRIÉTAIRES DE CE RESTAURANT ET AUCUN INTÉRÊT À ATTRIBUER À CE DERNIER UNE BONNE OU UNE MAUVAISE NOTE. DANS TOUS LES CAS, LE RESTAURANT DISPOSE D’UN DROIT DE RÉPONSE.

Chez Yann

IMG-0657Centre ville de Saint-Denis, par une journée de fin août, et un soleil qui pwak un peu trop pour la saison. Ca promet pour l’été. Nous avons choisi de tester le tout petit restaurant occupant l’angle des rues Jules Auber et Labourdonnais, Chez Yann.

Cette popote, que nous avions repérée depuis près de deux ans déjà, avait attiré notre attention avec sa cuisine réunionnaise variée, proposant des plats traditionnels encore peu courants dans les restaurants : sounouk, brèdes songes, rougail boudin, par exemple. Au menu ce jour : bœuf carotte, poulet sauce d’huître, porc pomme-de-terre et civet zourite. Nous choisissons ces deux derniers plats et nous nous installons. 14 couverts, pas plus, tiennent dans le local.

Le défilé pour les barquettes débute quelques minutes après l’ouverture. Le patron est devant, jouant de la grande cuillère, madame est dans la cuisine à l’arrière. C’est elle qui nous pose nos assiettes avec un sourire, mais sans s’attarder. Nous ne nous attendions pas à un dressage quelconque, et il n’y en a pas. Chez Yann, c’est à la bonne franquette, et ce n’est plus l’heure d’éplucher de l’ail. Nous espérons que nous nous régalerons autant que la veille, quand l’excellent boudin et le très bon poulet croustillant nous avaient décidé à faire cette critique.

IMG-0653Le cari de porc pommes de terre est très bon aussi. Les morceaux de viande étagés en gras et maigre sous la peau, sont d’un moelleux sublime et offrent de belles sensations sous la dent. Le goût du cochon est brut, à peine teinté par les épices classiques du cari, ce qui confère au plat un certain caractère. A vrai dire, les patates ont prélevé leur dîme de saveurs, le fait qu’elles partent un peu « en sucette » trahit une incorporation peut-être trop rapide dans la marmite, même si la qualité des tubercules joue aussi. Une tenue plus ferme aurait offert d’autres sensations. Ceci étant dit, le cari est également très apprécié ainsi.

IMG-0650Le zourite pèche un peu par manque de goût. Non pas le civet en tant que tel, puisque celui-ci offre un bouquet de vin cuit tout à fait plaisant et tonique, poivré sagement, avec un sel civilisé, mais plutôt la bestiole elle-même, qu’on attendait gustativement plus franche des ventouses, en iode notamment. Peut-être en demande-t-on trop à du zourite surgelé. La sauce a cependant un côté glissant qui n’est pas inintéressant, distribuant le parfum du civet dans tous les recoins du palais, d’autant plus facilement que la chair du tentaculaire est tendre, avec juste assez de résistance pour prolonger le plaisir.

Le riz et les accompagnements sont bien éduqués. Ça nous change de nos précédentes visites. En effet, le riz est conforme à ce que tout bon créole est en droit d’attendre : grain épais mais pas trop, cuisson à point, aptitude à jouer avec la sauce pour des bouchées gourmandes. La base. Les lentilles sont odorantes au possible, avec cette réminiscence de terre caillouteuse mouillée que nous n’avions plus rencontrée depuis un certain temps. Bon point également pour le rougail concombre, dont le croquant est apprécié, surtout avec le porc, avec sa dose de piment vert généreuse, qui excite la salivation.

Les assiettes sont nettoyées. Nous repartons repus, après avoir réglé une note de 14 euros pour deux plats à déguster sur place. Le rapport qualité-prix est excellent.

Ceux qui empruntent la rue Labourdonnais en venant du front de mer aux alentours de midi auront certainement remarqué la queue qui se forme souvent devant chez Yann. A juste titre. Depuis quelques année ce petit restaurant de midi régale sa clientèle de bons plats locaux, exécutés à la perfection, par un couple sympathique, qui sait faire. Le petit plus : pouvoir de temps à autre y déguster des plats traditionnels autres que les grands classiques du genre. Dans cette partie de la ville jusqu’au Barachois, c’est incontestablement la meilleure adresse à barquettes qu’on puisse trouver. Bien d’autres établissements, jadis bons, sont tombés dans la facilité et le tout-venant, (sans parler des camions bars glauques du front de mer). Aussi, un conseil : arrivez de bonne heure parce que Yann à pas pour tout le monde ! Verdict : une très belle fourchette en argent avec recommandation de l’équipe. L’or n’est plus très loin.

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FourchettesPour résumer. Accueil : bien • Cadre : moyen • Présentation des plats: moyen • Service : très bien • Qualité des plats : très bons • Rapport qualité-prix:  excellent. Impression globale : très bonne table
Fourchette en argent avec recommandation

LA PRÉSENTE CRITIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE LE 31 AOÛT 2017, À PARTIR DE MIDI, ET NE PRÉTEND PAS ÊTRE UNE VÉRITÉ ABSOLUE ET DÉFINITIVE. NOTRE POINT DE VUE EST SUBJECTIF, PAR NATURE, MAIS PARFAITEMENT HONNÊTE. NOUS CERTIFIONS N’AVOIR AUCUN RAPPORT DE PRÈS OU DE LOIN AVEC LES PROPRIÉTAIRES DE CE RESTAURANT ET AUCUN INTÉRÊT À ATTRIBUER À CE DERNIER UNE BONNE OU UNE MAUVAISE NOTE. DANS TOUS LES CAS, LE RESTAURANT DISPOSE D’UN DROIT DE RÉPONSE.

Les Marsouins

IMG_4272Aujourd’hui nous voilà partis taquiner le Marsouin. Un nom qui fleure bon le football saint-leusien, le troufion de base du régiment ou plus prosaïquement le cochon de mer. Il est porté par un établissement discret de la rue Amiral Bouvet à Saint-Benoît, que nous avons choisi de passer au tamis.

Pas âme qui vive ou presque à l’heure où nous arrivons. À part un couple qui sirote son apéritif. Une minute s’écoule avant que quelqu’un ne se manifeste. Vus l’âge et l’assurance du personnage, il y a de fortes chances que ce soit le patron. L’accueil est franc du collier, sans rond de jambes, poli et expéditif. Nous nous installons sans broncher à une table, puis l’adjudant-chef nous glisse le menu du jour, écrit dans ce qui ressemble à une carte. Un petit travail graphique de base ne serait pas du luxe. Nous espérons que la présentation ne reflète pas la cuisine. L’homme apparaît et disparaît au gré de ses occupations. Il nous propose les boissons, prend la commande, file en cuisine. Cet homme-là, c’est Speedy Gonzales.

IMG_4268Le temps de siroter le punch maison, rafraîchissant, avec un rhum sage, ainsi que le punch coco vanillé et épais, les plats arrivent. Nous avons opté pour le bouillon coquilles « la rivière », spécialité bénédictine affichée logiquement à 20 euros, vu le fastidieux travail de nettoyage du gastéropode, et un cari canard. Civet de coq, porc massalé et bichiques « déor » (vu qu’il n’y en a pas encore chez nous, s’il y en a cette année) sont aussi disponibles.

Le canard est tout à fait urbain. Ce n’est sans doute pas du « canor » de haute lignée, élevé à l’eau sale et aux galets de la cour dans la fraîcheur des Hauts, mais il se défend avec une chair de consistance correcte, même un peu sèche sur les bords, et un assaisonnement qui met en valeur son fumet. Des humeurs poivrées portées par un sel particulièrement bavard. Quelques morceaux de peau ici et là relèvent encore le goût. La sauce est belle, et colore obligeamment le riz d’un marron-orange appétissant.

IMG-0558Le bouillon coquille se respire autant qu’il se mange. Son odeur caractéristique de fond d’eaux vives aux accents puissants de roussi évoquant la profondeur du quatre-épices et la tomate archi mûre où les oignons ont confit, excite les glandes salivaires. En bouche, un piment velléitaire montre son caractère. C’est chaud comme une feuille de tôle en plein cagnard, mais obligatoire dans ce plat emblématique de l’Est, comme pour l’anguille, d’ailleurs. Les coquilles elles-mêmes, petites, sont légèrement caoutchouteuses mais pas au point de rendre la mastication désagréable. Leur saveur est conforme aux effluves. Nous finissons le plat avec une impression de « pas assez ».

Rien à dire sur les lentilles standard, très bien préparées, dans leur sauce épaisse, si ce n’est la présence ici aussi d’un sel surnuméraire. En revanche nous tombons encore sur ce détestable riz grains longs, sec, qui n’absorbe pas les sauces de cari. Ce genre de riz a du succès, son prix doit être attractif aussi, mais il est plus indiqué à notre sens dans des plats comme le briani par exemple. C’est d’autant plus dommage avec le bouillon coquille, qui aurait été apprécié avec un riz plus « gonflé » et gourmand, cuit comme il faut. Le petit piment vert «crasé » joue son rôle à plein. Il va mieux aux coquilles qu’au canard, d’ailleurs, même si les mollusques sont déjà chauffés.

Nous déclinons les glaces, patates au sucre et bananes flambées du dessert, et réglons une addition de 54 euros pour deux punchs, deux plats et deux cafés, soit 27 euros par personne. Le rapport qualité-prix est perfectible, même en considérant le tarif du bouillon coquilles.

Nous ressortons du Marsouin contents, bien qu’un peu frustrés sur la quantité des caris. C’est signe qu’ils étaient bons. Nous nous laissons dire que des clients affamés pourraient rester sur leur faim. Mais après tout, n’est-ce pas ce qui est recommandé après un repas ? Il y a de la place pour le dessert en tout cas. Outre notre déception sur le riz, nous avons également trouvé l’ensemble des plats un peu salés. Le patron, qui est aussi aux fourneaux, doit être amoureux, il faut croire. Certes le sel relevait bien tous les plats, tout en les gardant mangeables, mais s’il eût été moins disert, les coquilles et canard auraient pu s’exprimer davantage. La cuisine de « Chez Loulou » reste toutefois satisfaisante, et conforme à la tradition. La salle et la présentation du menu mériteraient un rafraîchissement, mais le sympathique patron y imprime une ambiance joviale. Des arguments qui nous font décerner au Marsouin une jolie fourchette en argent.

FourchettesPour résumer . Accueil : moyen • Cadre : moyen • Présentation des plats: moyen • Service : très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix:  perfectible. Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La présente critique a été réalisée le 18 août 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

La Passion des Z’îles

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Saint-Leu sous le soleil d’hiver austral, avec une petite brise rafraîchissante, invite à la promenade sur le front de mer, la contemplation des quelques surfeurs tâtant de la « gauche », la flânerie en ville à la recherche d’un bon petit restaurant où remplir son goni vide.

Nous étions dernièrement à l’Auberge du Relais, nous voici aujourd’hui au restaurant « Passion des Z’îles », en bordure de route juste à côté du pont de l’entrée ouest de la ville. Une soixantaine de couverts environ, sous parasol publicitaire, tables et chaises en plastique, l’ambiance est posée.

Le menu est créole et métro, avec des métaphores comme le « tartare créole », composé de tomates, concombre, oignons et piment, une salade proposée à 16 euros. L’accueil est souriant et poli. Nous posons nos séants après avoir commandé un cari de coq, un cari de camarons, et les boissons. Disponibles également aujourd’hui : civet de canard, bœuf carottes, rougail saucisses, plus des chinoisetés dont un bol renversé. Les caris arrivent à l’assiette, en une dizaine de minutes, via une dame souriante en mode ralenti. C’est dressé simplement et proprement, même si le riz rase un peu les bords. C’est parti !

IMG_3955Les camarons, sous la dent, ont la texture grinçante caractéristique d’une cuisson non aboutie. Heureusement, ils sont tout de même assez cuits pour être mangeables. Leur saveur est timide, la sauce rouge cramoisie dans laquelle ils prennent leurs aises est bien plus franche, avec une acidité maîtrisée et confite, un poivre claquant et comme une réminiscence de romarin sur les bords, étrange dans un tel plat. L’ensemble est correct sans être transcendant. On aurait bouilli les crustacés, qu’on aurait placé cinq minutes dans une sauce de tomates en boîte avec un peu de sel et de fines herbes et le résultat aurait été le même. Pas de flambage visiblement, et pas de coques, légèrement attachées au fond de la marmite, qui pourvoient 90% du goût chez un cari de camarons bien né. Et pas de piment non plus, bien sûr. Sans doute le classique égard superfétatoire vis-à-vis des palais délicats de la « zoreillie » en goguette. Goûtons voir le Gallus gallus domesticus.

IMG_3958Le coq chante faux. Bien sûr, nous ne nous attendions pas à du coq la cour pour 11 euros, mais enfin tout de même. Si, au mordant, la viande se défend, ce n’est que pour révéler des saveurs éteintes, comme si l’emplumé avait cuit dans beaucoup trop d’eau, et trop peu de sel. La faute sans doute à un roussi d’épices fait à la va-vite. Enfin, le peu d’épices qu’il y a, s’entend. Quand on dit « coq » ou « canard », on s’attend généralement à des caris puissants en goût, généreux. Nous avons droit ici à un cari de coq de régime. C’est fadasse à en pleurer. Pour accompagner le boiteux et l’aveugle : des pois du cap encore bien entiers, parfaits pour des munitions d’un tromblon destiné aux voleurs de canards, et ce malheureux riz long grain de basse extraction, sec comme la pampa qui coiffe la ville, et qui n’aide donc pas les caris à relever un peu la tête. Un rougail Dakatine, encore, petit frère de celui que nous dégustâmes chez Sully tantôt, pimenté à dose moléculaire, achève ce triste tableau. Nous commandons des beignets de bananes en dessert. Ceux-ci sont faits à la minute et servis chauds, saupoudrés de sucre. Ils sont très bons ! Les morceaux de bananes fondent en bouche, en cramant quelques papilles au passage, mais ce n’est pas grave. Au moins cette douceur traditionnelle est très bien exécutée. L’addition se monte à 49 euros pour trois plats, trois boissons et deux desserts. Le rapport qualité-prix eut été correct si les plats avaient été de meilleure facture, mais là, la facture, elle est un peu dure, surtout pour le menu enfant. 11 euros la semelle de bœuf et les frites jaune clair.

IMG_3959Serait-il Dieu possible de trouver sur la côte balnéaire plus d’un restaurant de cuisine locale « touristique », qui tienne la route ? La passion des Z’îles présente bien, c’est aéré, confortable, roots, mais la cuisine est bâclée. Du tout-venant pour visiteurs pressés et touristes peu regardants ou ignorants. De la cuisine qui se bouffe, parfaite pour remplir le goni vide, et c’est tout. Si ce sont là les «spécialités», si c’est là toute la «passion» que l’établissement peut montrer, c’est désolant. Et à 13 euros le cari de camarons blèmes, cela frise l’insulte. Sans conteste, la passion a fait la place à l’économie et à la rentabilité. Malheureusement le bon dessert ne suffira pas à changer la note du jour : une fourchette en inox. Délabrée.

finoxPour résumer  Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : perfectible • Service : perfectible • Qualité des plats : très moyens • Rapport qualité-prix :  mauvais. Impression globale : table très moyenne
Fourchette en inox

La présente critique a été réalisée le 10 août 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

Chez Sully

La plupart des villes réunionnaises ont un restaurant « institution ». Un restaurant de cuisine locale, existant depuis assez longtemps pour mériter ce titre, d’une cinquantaine de couverts au moins, qui peut faire des plats à emporter, et dont la qualité est suffisante pour drainer les travailleurs du coin ou les gens de passage, même si cette dernière est sujette à variations, il va sans dire.

Saint-Denis a son Reflet des îles, Saint-Pierre son Gros Louis, l’Etang-Salé son été indien, Salazie son P’tit Bambou, Saint-André son Kom la Case… et Saint-Paul son Chez Sully.

IMG_3733Et c’est à cette adresse que nous débarquons en ce mois de juillet finissant, après avoir profité du front de mer refait de la sous-préfecture de l’ouest, nous ne parlons pas du ponton qui tombe en ruine… Le restaurant est précisément posté à l’angle des rues Rhin et Danube et Evariste de Parny, sous le bras de la sous-préfecture, pour ainsi dire. Deux salles, dont la plus grande est également la plus lumineuse, abritent une soixantaine de couverts, sans doute davantage. Ici, c’est du semi-self-service. Et on choisit les plats à rebours : d’abord les desserts, les entrées à la caisse. Au menu du jour : des sautés chinois, du bœuf bourguignon, du boucané-bringelles, du cari d’espadon, du poulet frit… Le poisson, le bœuf et le boucané se retrouvent dans nos assiettes. Quelques tran-ches de patates sautées feront office d’entrée. Les hostilités peuvent commencer.

IMG_3721Les patates, bien qu’un peu molles, ont suffisamment de goût pour être intéressantes. Les petits légumes deci-delà, associés à de l’ail et des oignons vert, apportent leur obole. Une friture plus poussée aurait tout de même été bienvenue, quitte à faire des tranches plus fines, sans aller forcément jusqu’au chips.

Le rougail boucané présente mal. Visuellement il ne ressemble à rien. Les couleurs sont pâlottes, et les bringelles pas assez nombreuses, indéniablement. D’où notre (bonne) surprise à la dégustation. C’est un honnête boucané parfumé comme il faut, à tendance grasse quand même, et qui opère un bel échange en bouche avec le peu de bringelles existant. Le légume propose sa saveur picottante avec bonheur, et cela est d’autant plus frustrant qu’il pèche par la quantité. Le rougail satisfera pleinement les timides de la bringelle.

IMG_3716Le cari d’espadon est correct. Par moment, des humeurs de combava se manifestent, en alternance avec le goût du poisson, lui-même un peu éteint, il faut bien le dire, quand on est habitué à l’espadon frais et ses emportements musqués de fond d’océan, teinté d’iode et de corail. Certains morceaux sont un peu secs aussi, étrangement. Il manque un bon piment vert « crasé », avec une pointe de gingembre-mangue, pour redonner du tonus au pélagique.

IMG_3719Le bœuf bourguignon, lui, est excellent. Si la viande est tendre, fondante comme cuite à la cocotte-minute, elle est aussi un peu grasse, enrobée d’une sauce épaisse qui laisse un fond d’huile dans l’assiette. Les saveurs sont bien présentes et satisfaisantes. Cela fait du bien de manger un bon plat cuit au vin, qui embaume, assaisonné d’un girofle riant et d’un laurier efficace. Le vin peut-être et les carottes davantage y laissent une touche sucrée, sans exagération tout de même, et heureusement. Les grains blancs en accompagnement sont farineux. Le riz est bon, et bien cuit. Le rougail dakatine est liquide comme le résultat d’une digestion de matou malade. Pas mauvais, mais négligé. Nous terminons le repas avec un gâteau tison. Etouffe-chrétien, hindou, musulman, athée… Sec comme un tas de poussières.

Addition : 38 euros et des miettes de tison, pour quatre repas, quatre boissons et deux couillonnades en desserts. Soit moins de 10 euros par tête de yab. Un rapport qualité prix excellent, proche du record.

Chez Sully est une institution en centre-ville de Saint-Paul qui nourrit ses clients habitués ou de passage avec des plats créoles et « chinois » de bonne facture, dans tous les sens du terme. Si le service se limite au remplissage des assiettes et au paiement, l’accueil est souriant et très aimable. Les locaux sont propres, même si le mobilier accuse le poids des ans. Rien de particulier à dire sur ce que nous avons mangé aujourd’hui, sauf peut-être de sortir un peu des sempiternels rougails dakatine, concombre, etc, et proposer du simple piment vert quand il y a du poisson au menu, ce qui doit arriver souvent. Vous n’aurez pas de feux d’artifice dans l’assiette mais une cuisine correcte et pas chère. Une bonne adresse si vous voulez manger un cari à deux pas du front de mer, ou même sur le front de mer en mode barquette. Nous attribuons donc à Chez Sully une logique fourchette en argent.

FourchettesPour résumer  Accueil : bien • Cadre : moyen • Présentation des plats : self • Service: bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix:  correct. Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La présente critique a été réalisée le 26 juillet 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.