La Passion des Z’îles

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Saint-Leu sous le soleil d’hiver austral, avec une petite brise rafraîchissante, invite à la promenade sur le front de mer, la contemplation des quelques surfeurs tâtant de la « gauche », la flânerie en ville à la recherche d’un bon petit restaurant où remplir son goni vide.

Nous étions dernièrement à l’Auberge du Relais, nous voici aujourd’hui au restaurant « Passion des Z’îles », en bordure de route juste à côté du pont de l’entrée ouest de la ville. Une soixantaine de couverts environ, sous parasol publicitaire, tables et chaises en plastique, l’ambiance est posée.

Le menu est créole et métro, avec des métaphores comme le « tartare créole », composé de tomates, concombre, oignons et piment, une salade proposée à 16 euros. L’accueil est souriant et poli. Nous posons nos séants après avoir commandé un cari de coq, un cari de camarons, et les boissons. Disponibles également aujourd’hui : civet de canard, bœuf carottes, rougail saucisses, plus des chinoisetés dont un bol renversé. Les caris arrivent à l’assiette, en une dizaine de minutes, via une dame souriante en mode ralenti. C’est dressé simplement et proprement, même si le riz rase un peu les bords. C’est parti !

IMG_3955Les camarons, sous la dent, ont la texture grinçante caractéristique d’une cuisson non aboutie. Heureusement, ils sont tout de même assez cuits pour être mangeables. Leur saveur est timide, la sauce rouge cramoisie dans laquelle ils prennent leurs aises est bien plus franche, avec une acidité maîtrisée et confite, un poivre claquant et comme une réminiscence de romarin sur les bords, étrange dans un tel plat. L’ensemble est correct sans être transcendant. On aurait bouilli les crustacés, qu’on aurait placé cinq minutes dans une sauce de tomates en boîte avec un peu de sel et de fines herbes et le résultat aurait été le même. Pas de flambage visiblement, et pas de coques, légèrement attachées au fond de la marmite, qui pourvoient 90% du goût chez un cari de camarons bien né. Et pas de piment non plus, bien sûr. Sans doute le classique égard superfétatoire vis-à-vis des palais délicats de la « zoreillie » en goguette. Goûtons voir le Gallus gallus domesticus.

IMG_3958Le coq chante faux. Bien sûr, nous ne nous attendions pas à du coq la cour pour 11 euros, mais enfin tout de même. Si, au mordant, la viande se défend, ce n’est que pour révéler des saveurs éteintes, comme si l’emplumé avait cuit dans beaucoup trop d’eau, et trop peu de sel. La faute sans doute à un roussi d’épices fait à la va-vite. Enfin, le peu d’épices qu’il y a, s’entend. Quand on dit « coq » ou « canard », on s’attend généralement à des caris puissants en goût, généreux. Nous avons droit ici à un cari de coq de régime. C’est fadasse à en pleurer. Pour accompagner le boiteux et l’aveugle : des pois du cap encore bien entiers, parfaits pour des munitions d’un tromblon destiné aux voleurs de canards, et ce malheureux riz long grain de basse extraction, sec comme la pampa qui coiffe la ville, et qui n’aide donc pas les caris à relever un peu la tête. Un rougail Dakatine, encore, petit frère de celui que nous dégustâmes chez Sully tantôt, pimenté à dose moléculaire, achève ce triste tableau. Nous commandons des beignets de bananes en dessert. Ceux-ci sont faits à la minute et servis chauds, saupoudrés de sucre. Ils sont très bons ! Les morceaux de bananes fondent en bouche, en cramant quelques papilles au passage, mais ce n’est pas grave. Au moins cette douceur traditionnelle est très bien exécutée. L’addition se monte à 49 euros pour trois plats, trois boissons et deux desserts. Le rapport qualité-prix eut été correct si les plats avaient été de meilleure facture, mais là, la facture, elle est un peu dure, surtout pour le menu enfant. 11 euros la semelle de bœuf et les frites jaune clair.

IMG_3959Serait-il Dieu possible de trouver sur la côte balnéaire plus d’un restaurant de cuisine locale « touristique », qui tienne la route ? La passion des Z’îles présente bien, c’est aéré, confortable, roots, mais la cuisine est bâclée. Du tout-venant pour visiteurs pressés et touristes peu regardants ou ignorants. De la cuisine qui se bouffe, parfaite pour remplir le goni vide, et c’est tout. Si ce sont là les «spécialités», si c’est là toute la «passion» que l’établissement peut montrer, c’est désolant. Et à 13 euros le cari de camarons blèmes, cela frise l’insulte. Sans conteste, la passion a fait la place à l’économie et à la rentabilité. Malheureusement le bon dessert ne suffira pas à changer la note du jour : une fourchette en inox. Délabrée.

finoxPour résumer  Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : perfectible • Service : perfectible • Qualité des plats : très moyens • Rapport qualité-prix :  mauvais. Impression globale : table très moyenne
Fourchette en inox

La présente critique a été réalisée le 10 août 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

Chez Sully

La plupart des villes réunionnaises ont un restaurant « institution ». Un restaurant de cuisine locale, existant depuis assez longtemps pour mériter ce titre, d’une cinquantaine de couverts au moins, qui peut faire des plats à emporter, et dont la qualité est suffisante pour drainer les travailleurs du coin ou les gens de passage, même si cette dernière est sujette à variations, il va sans dire.

Saint-Denis a son Reflet des îles, Saint-Pierre son Gros Louis, l’Etang-Salé son été indien, Salazie son P’tit Bambou, Saint-André son Kom la Case… et Saint-Paul son Chez Sully.

IMG_3733Et c’est à cette adresse que nous débarquons en ce mois de juillet finissant, après avoir profité du front de mer refait de la sous-préfecture de l’ouest, nous ne parlons pas du ponton qui tombe en ruine… Le restaurant est précisément posté à l’angle des rues Rhin et Danube et Evariste de Parny, sous le bras de la sous-préfecture, pour ainsi dire. Deux salles, dont la plus grande est également la plus lumineuse, abritent une soixantaine de couverts, sans doute davantage. Ici, c’est du semi-self-service. Et on choisit les plats à rebours : d’abord les desserts, les entrées à la caisse. Au menu du jour : des sautés chinois, du bœuf bourguignon, du boucané-bringelles, du cari d’espadon, du poulet frit… Le poisson, le bœuf et le boucané se retrouvent dans nos assiettes. Quelques tran-ches de patates sautées feront office d’entrée. Les hostilités peuvent commencer.

IMG_3721Les patates, bien qu’un peu molles, ont suffisamment de goût pour être intéressantes. Les petits légumes deci-delà, associés à de l’ail et des oignons vert, apportent leur obole. Une friture plus poussée aurait tout de même été bienvenue, quitte à faire des tranches plus fines, sans aller forcément jusqu’au chips.

Le rougail boucané présente mal. Visuellement il ne ressemble à rien. Les couleurs sont pâlottes, et les bringelles pas assez nombreuses, indéniablement. D’où notre (bonne) surprise à la dégustation. C’est un honnête boucané parfumé comme il faut, à tendance grasse quand même, et qui opère un bel échange en bouche avec le peu de bringelles existant. Le légume propose sa saveur picottante avec bonheur, et cela est d’autant plus frustrant qu’il pèche par la quantité. Le rougail satisfera pleinement les timides de la bringelle.

IMG_3716Le cari d’espadon est correct. Par moment, des humeurs de combava se manifestent, en alternance avec le goût du poisson, lui-même un peu éteint, il faut bien le dire, quand on est habitué à l’espadon frais et ses emportements musqués de fond d’océan, teinté d’iode et de corail. Certains morceaux sont un peu secs aussi, étrangement. Il manque un bon piment vert « crasé », avec une pointe de gingembre-mangue, pour redonner du tonus au pélagique.

IMG_3719Le bœuf bourguignon, lui, est excellent. Si la viande est tendre, fondante comme cuite à la cocotte-minute, elle est aussi un peu grasse, enrobée d’une sauce épaisse qui laisse un fond d’huile dans l’assiette. Les saveurs sont bien présentes et satisfaisantes. Cela fait du bien de manger un bon plat cuit au vin, qui embaume, assaisonné d’un girofle riant et d’un laurier efficace. Le vin peut-être et les carottes davantage y laissent une touche sucrée, sans exagération tout de même, et heureusement. Les grains blancs en accompagnement sont farineux. Le riz est bon, et bien cuit. Le rougail dakatine est liquide comme le résultat d’une digestion de matou malade. Pas mauvais, mais négligé. Nous terminons le repas avec un gâteau tison. Etouffe-chrétien, hindou, musulman, athée… Sec comme un tas de poussières.

Addition : 38 euros et des miettes de tison, pour quatre repas, quatre boissons et deux couillonnades en desserts. Soit moins de 10 euros par tête de yab. Un rapport qualité prix excellent, proche du record.

Chez Sully est une institution en centre-ville de Saint-Paul qui nourrit ses clients habitués ou de passage avec des plats créoles et « chinois » de bonne facture, dans tous les sens du terme. Si le service se limite au remplissage des assiettes et au paiement, l’accueil est souriant et très aimable. Les locaux sont propres, même si le mobilier accuse le poids des ans. Rien de particulier à dire sur ce que nous avons mangé aujourd’hui, sauf peut-être de sortir un peu des sempiternels rougails dakatine, concombre, etc, et proposer du simple piment vert quand il y a du poisson au menu, ce qui doit arriver souvent. Vous n’aurez pas de feux d’artifice dans l’assiette mais une cuisine correcte et pas chère. Une bonne adresse si vous voulez manger un cari à deux pas du front de mer, ou même sur le front de mer en mode barquette. Nous attribuons donc à Chez Sully une logique fourchette en argent.

FourchettesPour résumer  Accueil : bien • Cadre : moyen • Présentation des plats : self • Service: bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix:  correct. Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La présente critique a été réalisée le 26 juillet 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

Le Relais des pitons

IMG_3526Aujourd’hui nous voilà partis prendre le frais à la Plaine-des-Palmistes. Les platanes sont nus, le temps est magnifique, les trains de voitures filent en direction de l’autre Plaine, quelques badauds font la queue dans les snacks du coin pour chercher pitance.

Nous grimpons, le nez en l’air, l’escalier qui mène à la statue de la Vierge, juste après la mairie, histoire de prendre un peu de hauteur pour quelques clichés. Là, subrepticement, une odeur de cari vient nous titiller les sinus. C’est la cuisine du restaurant situé juste en contre-bas, Le Relais des pitons. Il n’était pas prévu au programme, qu’à cela ne tienne : nous changeons notre fusil d’épaule et décidons de voir si son ramage se rapporte à son plumage.

Le Relais des pitons a pris ses quartiers dans une jolie petite case créole. L’accueil est souriant et même gai, d’une hospitalité non feinte. De quoi donner l’envie d’entrer et de s’asseoir. Le menu est créole, des plats classiques sont affichés, avec une originalité : du poulet basquaise. L’entrée et le plat sont proposés à 15 euros. Nous optons pour une salade de palmiste, moyennant un petit supplément sur la formule, et un civet de canard. Une sauce crevette tiendra lieu de deuxième plat, à emporter. Après avoir fait marcher Johnny, avec modération, nous attaquons l’entrée.

IMG_3509Les fines juliennes de palmiste sont posées sur un tapis de salade verte, avec des rondelles de radis par-dessus. La vinaigrette est à part, pour un assaisonnement personnalisé. Merci. Celle-ci est très bonne, pas trop acide et illumine la salade convenablement. C’est tant mieux, parce que le palmiste lui-même est trop timide. Beaucoup trop. Il laisse à peine deviner sa saveur lactée avant qu’elle ne disparaisse. Ne subsiste qu’un léger croquant. Nous l’avons déjà constaté par ailleurs : un découpage hétérogène favorise davantage la perception du goût du palmiste. Ce n’est pas le cas ici.

IMG_3513Le civet suit sans tarder. Vous connaissez les fantômes de plats ? Des plats qui portent un nom qui vous évoque des saveurs particulières, et qui, en bouche, s’avèrent spectraux. Ce civet n’a de civet que le nom. On ne sent rien. D’ailleurs le canard lui-même est flasque. Si ce palmipède est palmiplainois, nous, on est Donald Duck. Le tarif le dit déjà. La chair qui part en sucette « façon puzzle », comme dirait l’autre, en est la preuve. Le chef s’est sans doute imaginé qu’étant canard, la viande aimerait la flotte, parce que c’est bien dans une sauce déliée et sans consistance qu’elle baigne. Pour les épices, c’est pareil : girofle zéro, laurier zéro, poivre zéro, et sel aussi, quasiment.

Les crevettes dégustées plus tard font beaucoup mieux. Elles n’ont pas de mal. Les saveurs sont au moins là, assistées d’un piment vert écrasé compétent. En revanche, les pois du Cap ne leur rendent pas service, pas plus que le riz grain long, détaché, correctement cuit mais peu enclin à absorber quel que sauce que ce soit. Un passage appuyé en fond de marmite, avec un léger cramé suivi d’un déglaçage aurait révélé des saveurs plus intéressantes et donné plus de tonus aux crustacés.

Les pois du cap font de la concurrence au canard pour ce qui est de la brasse coulée. Il y a longtemps que nous n’avions vu des pois du Cap aussi mal roussis, avec une sauce aussi claire. C’est incontestablement bâclé. La petite sauce de piment citron arrive à peine à sauver tout ça. Pourtant elle a du mérite. L’agrume dégage des fragrances lumineuses, comme si elle a été cueillie du matin, avec un piment discret en soutien.

IMG_3523Nous terminons par un crumble de papaye et ananas correct, malgré un fond liquide lui aussi. Addition : 32 euros pour une formule entrée plus plat, un plat à emporter, un dessert et un apéritif. Le rapport qualité-prix est perfectible.

Le Relais des pitons, à côté de la mairie de la Plaine-des-Palmistes, présente bien. Joli cadre, très bel accueil et service attentionné. On a envie d’y entrer. On augure un bon repas traditionnel et l’on s’en délecte d’avance. Pour nous, aujourd’hui en tout cas, c’est raté. Sans doute ce genre de cuisine convient-elle aux personnes peu difficiles ou aux néophytes de la gastronomie réunionnaise, mais les exigeants dont nous sommes ne peuvent s’en contenter. Quelle fourchette croyez-vous que ce canard noyé, ces grains subaquatiques et ces crevettes pâles peuvent-ils mériter, à votre avis ?

finoxPour résumer : Accueil : très bien • Cadre : bien • Présentation des plats: perfectible • Service: très bien • Qualité des plats : très moyens • Rapport qualité-prix:  perfectible. Impression globale : table moyenne
Fourchette en inox

La présente critique a été réalisée le 15 juillet 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

Le Bistrot Case Créole

BCC3Aujourd’hui, nous mettons les pieds sous la table du Bistrot Case Créole, établissement saint-gillois posé au bord de l’artère principale du village balnéaire. Une belle salle d’une cinquantaine de couverts, sobrement décorée, tableaux aux murs, finit, au fond, par les marmites de caris du buffet à volonté de 19 euros. À la différence de certains autres restaurants à buffet, le Bistrot ne vous force pas à manger «à volonté» et vous fait l’assiette à 10 euros pour un seul service. Bonne initiative.

L’accueil est souriant et aimable. Nous nous installons et lisons le menu. Rougail saucisses – boucané, poulet au citron, cari de poisson et massalé cabri attendent dans les marmites, avec les accompagnements habituels. Des plats plus « métros » sont aussi proposés : brochettes de bœuf, tartare de thon, magret de canard et pavé de légine, mais ce n’est pas ce que nous allons noter. Quelques gorgées de mousse fraîche plus tard nous passons à l’assaut.

BCC1Nous entamons notre assiette bien pleine avec le massalé cabri. L’odeur en dit déjà long sur l’animal. C’est du vieux bouc surgelé, avec ce goût prononcé de «lait», comme dit le créole, doucereux et musqué. Sans doute aurait-il été plus aimable assaisonné en civet, mais là, avec le massalé grossier dans lequel il baigne, sans l’ombre d’un caloupilé à l’horizon, il manque singulièrement de classe. De la viande de second choix cuisinée à la va-comme-je-te-pousse, et caoutchouteuse par-dessus le marché. Ce plat est une insulte. Le poisson n’a pas de mal à faire mieux. Il n’est sans doute pas frais, lui non plus, mais affiche une saveur intéressante. Heureusement. Parce que la sauce, huileuse, n’apporte rien en terme de sensation. Les épices sont mortes, aucune énergie, aucun parfum, le peu de tomate fait pitié. Ce plat est insignifiant.

Le rougail saucisses ne se détache pas du lot. Les saucisses trop moulues ont certes un peu de goût, mais elles dansent dans l’huile avec le compère boucané dans une sarabande écœurante. Ce plat est un concentré de gras, qui n’a même pas la politesse de proposer ne serait-ce qu’un tant soit peu de fumet.

Les rougails, tomates et concombres, sont seulement salés, c’est tout. Les grains sont limite durs, des haricots qu’on sert à l’armée en temps de guerre, l’armée d’avant, celle d’aujourd’hui fait sans doute mieux. Le riz achève les plats comme on achève les chevaux. Mais qu’est-ce que c’est que ce riz ? À première vue en grain, il se délite en bouche pour devenir pâteux et farineux à la fois, laissant une sensation désagréable qui n’arrange pas la médiocrité des caris. Nous comptions sur les achards de légumes pour amener de la fraîcheur dans tout cela, en vain. A la vue, on peut déjà soustraire le « s » de  «légumes». Avec 98% de chou, c’est du achard de chou, ou du manque de respect pour ce plat emblématique. Aucun intérêt.

Addition : 20 euros donc pour deux Réunionnais, ce qui constitue un crime, et pour deux touristes qui découvriraient la cuisine locale avec «ça», ce qui constitue du mépris. Le rapport qualité-prix est conséquemment mauvais.

BCC2Sur le logo du restaurant on peut lire « tradition, bistronomie ». Parce que c’est ça la Tradition ? De quelle tradition parle-t-on ? Pas de la tradition réunionnaise en tout cas. Jusqu’à preuve du contraire, les plats que nous avons dégustés aujourd’hui sont la conséquence d’un je-m’en-foutisme patent. Créol i apèl ça « foutant ». C’est bien beau de faire des présentations à la marmite avec les cochonailles suspendues pour faire « genre », mais le Bistrot Case Créole nous a surtout illustré magistralement à quel point notre belle et riche gastronomie est insultée, dénigrée, rabaissée, dans ces lieux fréquentés des touristes, là où, précisément, il conviendrait d’en donner la meilleure image possible. Sous la présentation soignée et le cadre attrayant, il n’y a… rien. Rien qu’une cuisine fadasse, sans éclat, faite à l’économie, sans recherche, sans travail, sans cœur. L’établissement est bien noté sur TripAdvisor, mais ce que nous avons avalé aujourd’hui ne mérite guère qu’une misérable fourchette en plastique.

Pour résumer
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: buffet • Service: bien • Qualité des plats : médiocre • Rapport qualité-prix: mauvais.
Impression globale : médiocre
Fourchette en plastique

La présente critique a été réalisée le 30 juin 2017, à partir de 19h30, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

Découverte : le Bougainvillier

Bougainvillier 3Jannick Maillot et Kelly Robert sont deux enfants des hauts, de naissance sinon de cœur. L’une n’est autre que la fille de l’indéracinable Gilbert Robert, de la réputée Auberge Piton Fougères, culminant Sainte-Marie. Un « vieux de la vieille » de la tradition culinaire réunionnaise. Jannick pour sa part, est originaire de Grand-Ilet, un rempart plus loin pour ainsi dire.

Bougainvillier1« J’ai travaillé pendant vingt ans dans le bâtiment, mais maintenant le corps ne suit plus, alors je me suis reconverti« , nous apprend-il. Pas mécontent de sa reconversion d’ailleurs, puisqu’il a toujours aimé faire la cuisine. Une passion qui le tient au corps, comme beaucoup d’autres réunionnais, qui apprécient les bonnes choses et veulent les partager. Il a d’ailleurs donné un coup de main à son beau-père, et travaillé également à l’Escale de Saint-André.

Bougainvillier2Les deux amoureux ouvrent le Bougainvillier le 6 mars dernier, sur la route du Moufia. Ils ont beau être à côté d’un coiffeur, leur restaurant ne coupe pas les cheveux en quatre: c’est de la bonne et authentique cuisine locale, améliorée de plats traditionnels comme le bouillon brède saucisses frites, le rôti de porc, ou la curiosité charcutière que nous avons dégusté : saucisses, boucané et andouillettes accommodées avec des brèdes manioc, dont la saveur tannée caractéristique se marie bien avec le poivre et les fumets divers des cochonailles !

Son civet de canard, qui colle aux doigts comme on aime, nous a également émoustillé les papilles, avec de belles envolées olfactives. Jeannick sait s’adapter aux désirs de sa clientèle, dont un petit noyau d’habitués s’est déjà constitué. Les sautés de mines poulet « minute » ont un vrai succès, et le chant de son karail résonne régulièrement pour ses shop-suey, jusque dans la petite salle toute neuve d’une trentaine de couverts. « En revanche, allez savoir pourquoi, les grains ne marchent pas. Les clients n’aiment que les lentilles !« , constate-t-il, un brin amusé. Sept caris tournent tous les jours de la semaine, avec des gratins divers.

Jeannick prévoit de compléter son offre avec des sarcives et des grillades. Gâteaux patates, manioc et chocolat sont proposés au dessert, mais également de la bonne confiture de papaye et de pamplemousse, une merveille pour gourmets en quête d’échanges savants entre le sucre et l’amertume fruitée de l’agrume. Avec un rapport qualité prix imbattable (9 € le cari sur place), Jeannick et Kelly ont toutes les chances de prospérer, et de faire du Bougainvillier une étape incontournable de Sainte-Clotilde, comme il l’est presque devenu dans le quartier. Nous leur souhaitons bon vent. Le Bougainvillier est ouvert tous les jours de 11h à 14h et de 18h à 20h30, sauf le lundi et le dimanche soir. Le service traiteur est possible sur demande.

Le Bougainvillier : 92, rue Marcel-Hoarau Sainte-Clotilde 0262 93 28 94. Facebook : Restaurant Bougainvillier

Le Ti Piment

IMG_3147Nous prenons aujourd’hui la direction de l’Est, pour une visite du restaurant le Ti Piment à Bras-Panon, situé à deux pas de la charcuterie Marianne, où l’on fait grande queue pour chercher ses boudins, saucisses, boucané, andouilles, tutti et quanti.

IMG_3152Le Ti Piment est situé sur la route principale, ou peu s’en faut. Les lieux affichent propreté et confort classieux mais non ostentatoire, avec son caillebotis, son mur décoré de pierres, ses plantes ici et là, dont des petits pots de faux piment, un clin d’oeil sans doute au nom de l’établissement. Les petits pots de vrais piments peuvent se trouver facilement, mais l’on objectera peut-être qu’il faut les entretenir un minimum et que la clientèle indélicate pourrait les faucher.

Nous sommes accueillis avec le sourire d’une jolie demoiselle montée sur batterie nucléaire, qui assure le service qui nous installe à la terrasse, à notre demande. Le Ti Piment c’est le restaurant, ou la serveuse ? Le tableau noir du menu affiche aujourd’hui cinq plats métros et sept plats créoles, plus trois entrées. Entrecôte charolaise, magret de canard, truite de Langevin tutoient vindaye de thon, sauté de boeuf au chouchou et sauce de camarons. Nous nous laissons tentés par un achard de papaye accompagné de boudin, le porc massalé et les camarades camarons.

IMG_3155Après les apéritifs, le achard ouvre le bal. Nous reconnaissons le boudin du charcutier sus-mentionné, à son aspect d’abord, régulier et luisant, et aussi au goût. Nous l’avions déjà dégusté au Ptit Koin Kréol à Hell- Bourg. Il est comme Julio, il n’a pas changé (Yé né pas chann’gé, yé soui toujours lé boudin que tu aimais…). Toujours cette magnifique texture équilibrée, ni trop dense, ni trop molle ; toujours ces petits oignons verts éclatants ; toujours cette farce au goût prononcé, chauffée par un piment joyeux déconseillé aux mauviettes. La papaye fraîche et croquante, coupée en fils, toute arrangée d’un subtil gras curcumaté, avec des graines de moutarde, complète parfaitement le moelleux de la farce et fait voir le boudin sous un jour différent, plus exotique en quelque sorte.

Les caris suivent sans tarder. La jolie demoiselle montée sur pile se montre efficace, et d’une distance courtoise très professionnelle.

IMG_3161Le porc roule des mécaniques et envoie sans se faire prier une vague de belles sensations gustatives, avec un massalé nuancé, parfumé, teinté par un caloupilé discret et une touche de coriandre fraîche. La viande elle-même ne déçoit pas. Du franc mordant dans les parties «sèches», qui ne le sont pas tant que ça, et des frissons dans notre échine quand les jolis bouts de peau et de gras sous-cutané nous glissent derrière la luette. Le sel est bien dosé.

IMG_3158Les camarons sont également très bons, nonobstant le fait qu’ils ne soient pas très en chair. Les pauvres. Pas grand-chose donc à avaler, mais beaucoup de jus à extraire de leurs carcasses envahissantes, que nous écrasons sans faire de chichis pour en sucer les recoins. La sauce abondante est délicieuse, avec son fumet de crustacé, vivifiée par un sel plus présent, sans doute, mais toléré. Nous regrettons l’absence d’un petit piment vert, justement, qui aurait pu la sublimer davantage. Une poubelle de table aurait été la bienvenue. Avec ce genre de plat, on en a plus dans son assiette à la fin du repas que lorsqu’on a commencé. Faut y penser.

Rien de spécial à dire sur les haricots, puisque fort bien exécutés. Nos foudres vont au riz. Encore. Aucun reproche spécifique concernant la cuisson, c’est le riz lui-même qui n’est pas à la hauteur, avec son odeur de poussière de cave, et son arrière goût de renfermé. Nous en faisons la remarque à la serveuse, qui va le répéter en cuisine, d’où fuse une réflexion sur un ton peu amène, mais dont nous ne saisissons pas la teneur. Serait-on rétifs aux remarques dans cet établissement ?
Le rougail «zognons» est très bon, mais pour un restaurant qui s’appelle le « Ti Piment », nous verrions bien une plus grande variété de rougails pour accompagner les caris. Un piment la pâte rouge est amenée à la table voisine. C’est déjà pas mal.

IMG_3164Nous terminons le repas par une tarte tatin maison très gourmande et sucrée, avec une belle pâte fondante. L’addition se monte à 49 euros et des grains de piment, pour deux boissons, une entrée, deux plats, un dessert et un café. Le rapport qualité- prix est correct.

Le Ti Piment est, jusqu’à preuve du contraire, le meilleur restaurant que nous ayons testé dans le secteur (si l’on veut de la fourchette d’or, il faut pousser jusqu’à La Cabane aux Epices à quelques encablures de là). L’endroit est propre et confortable, un brin chic, le service est efficace.
Quelques remarques tout de même. D’abord une présentation à l’assiette assez bateau, et pas parfaitement propre… quelques grains rebelles du piteux riz se sont fait la malle. Quitte à dresser une assiette autant que ce soit joli, sinon c’est simplement inutile. Ensuite la poubelle de table absente, et pourtant indispensable avec le camaron. Enfin : un riz hors jeu, de notre point de vue. La cuisine quant à elle est très bonne. Les plats sont correctement assaisonnés et préparés, et nous repartons repus mais un peu frustrés quand même. Il manque en effet un je-ne-sais- quoi pour que les caris soient tout à fait magnifiques : encore plus de saveurs, plus de surprise, plus de fumet, davantage d’authenticité. La fourchette d’or ne tombera pas cette fois, mais une belle fourchette en argent tout de même.

FourchettesPour résumer : Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : perfectible • Service: très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix :  correct. Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La présente critique a été réalisée le 10 juin 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

La Carangue

Dans la petite bourgade de l’Étang-Salé-les-Bains, on peut se restaurer dans divers endroits, proposant plusieurs sortes de mets, dont deux établissements aux cartes pléthoriques, l’un d’eux ayant récolté une fourchette en inox il y a quelques années. On y retournera.

Celui que nous visitons aujourd’hui ne peut pas être manqué : il se trouve pile en face de la voie d’accès au village quand on quitte la route des Tamarins finissante. C’est La Carangue, juste à côté de l’église. Carte et buffet sont proposés. Nous choisissons le buffet, avec ses entrées de crudités, et ses sept caris à déguster, accompagnés de lentilles, de riz jaune et blanc, plus deux rougails, citron-oignons et zévis. La salle d’environ 80 couverts est confortable, rafraîchie par une climatisation et deux énormes ventilateurs (crasseux) qui font un vacarme d’ATR au décollage.

Salade CatangueCivet de porc, cari d’espadon, cari de canard et de coq, canard au baba-figues se retrouvent dans notre assiette. Nous laissons les rôtis de porc et de poulet, ainsi que le porc aigre-doux. Auparavant, nous goûtons aux salades et au achard de légumes. Tout est très croquant et rafraîchissant, mais étant encore à température de chambre froide, les saveurs sont un peu éteintes. Le achard manque notamment de peps, mais reste mangeable.

IMG_2968Nous entamons les plats de résistance par l’espadon. Ce dernier offre des sensations convenables, grâce à un gingembre qui ressort en pointillé. La chair moelleuse du poisson est goûteuse, mais pas sauvage. La sauce de cari l’a bien domestiquée. Les rougails l’accompagnent judicieusement, surtout le rougail zévis, l’autre étant un vrai tas de sel.

Le canard, fumé ou pas, en cari ou au baba-figues, n’est pas très joli à voir. La viande est décharnée. Au demeurant, heureusement qu’il est affiché « canard au baba-figues », car le baba fait plus de la figuration qu’autre chose. On ne sent son goût qu’à peine, même en prenant son temps pour rassembler le peu qu’il y a, et en le dégustant seul. Bien triste. Nous aurions plutôt préféré un baba-figues au canard, en fait. Il est certain que les baba- figues ne sont pas forcément courants (encore que…), mais ce n’est pas une raison pour les noyer ainsi dans un cari, juste pour faire genre. Pourquoi ne pas envisager plutôt un plat à part, bien pimenté, quitte à ce qu’il n’y en ait pas pour tout le monde ?

Cari CaranguesLe cari de coq est plus intéressant, à tout point de vue. Les épices roussies, où dominent le poivre joyeux, l’ail et le thym qui s’extirpent avec plaisir des recoins osseux. Le fumet est là, volontaire et presque conforme à nos attentes, même si la viande, estampillée fraîche ne propose pas le mordant des coqs la cour traditionnels.

Le civet de porc est dans la même veine que le coq. Très joli fumet, surtout avec le vin cuit qui nous pose au nez une humeur appétissante. Les morceaux de poitrine, plus que dorés, font alterner les sensations masticatoires, entre le moelleux du gras, la légère fermeté du maigre et le collant de la peau. Quasiment pas de sauce, et c’est tant mieux. Le riz s’en accommode très bien, les lentilles aussi.

Ces dernières pour leur part sont assez crémeuses et goûteuses. Le riz jaune paraît un peu gras aux entournures, mais donne de bonnes sensations en accompagnant les caris. C’est tendre, enveloppé, gourmand. Son frère blanc ne fait pas moins bien. Mention spéciale pour les brèdes chinois, croquantes à souhait, et éclatantes en bouche de leur saveur poivrée teintée d’une légère amertume, avec une touche de moutarde.

Addition tout compris (boisson, buffet et café) pour une personne : 19 euros. Le rapport qualité-prix est bon.

Avec un buffet à 15 euros, il ne faut pas vous attendre à trouver à La Carangue des plats préparés avec des produits haut de gamme. La tenue approximative des volailles le prouve. Qu’importe, tous les caris que nous avons dégustés sont parfaitement cuisinés, dans la tradition créole. Les saveurs sont là, sans être déguisées, et le sel est bien dosé, sauf accident dans un rougail. Nous pourrions juste remarquer une tendance générale des plats à être gras. C’est vrai que le porc et le canard ne sont pas spécialement des viandes maigres, mais justement, point n’est besoin d’exagérer sur l’huile plus que le nécessaire, comme autrefois, où tout ce gras était « fané » pendant le travail aux champs ou ailleurs. Rien de méchant. Nous avons en revanche apprécié le riz (c’est si rare d’en trouver de bonne qualité, et bien cuit, au restaurant), le rougail zévis qui sort de l’ordinaire et la présence des brèdes. Le chef connaît bien son affaire, cela ne fait aucun doute. Encore un peu de travail, et La Carangue pourra revendiquer l’or, pourquoi pas. Pour l’instant, nous avons le plaisir de lui octroyer une belle fourchette en argent.

FourchettesPour résumer : Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: buffet • Service: bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix :  correct.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La présente critique a été réalisée le 29 mai 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

La Villa Marthe

Lorsque nous posons nos séants à la table sous parasol dans le jardin de la Villa Marthe, ce dimanche de fête du chouchou à Hell-Bourg, la météo est encore capricieuse. Elle tournera fort heureusement au beau, au milieu du repas.

A midi moins le quart, le sourire d’une fort jolie jeune femme nous accueille parmi les fleurs du jardin créole de la Villa Marthe, avec son guétali caractéristique, dont la photo a dû faire plusieurs fois le tour du monde. Heureusement que nous avons réservé, car c’est complet, et plusieurs visiteurs repartent dépités chercher pitance ailleurs. Au menu aujourd’hui, rougail saucisses, parmentier et magret de canard, vindaye d’Espadon (ah bon ?), poulet au curry et coco « servi avec des pâtes » (ah tiens ?). Va pour le vindaye et le poulet. Un diabolo menthe un peu clair et un Ti-Punch tirant sur le mojito nous éveillent la caverneuse. La clientèle est déjà nombreuse, mais le service demeure relativement rapide et efficace.

Les plats arrivent sans trop d’attente, joliment présentés à l’assiette. C’est encore trop rare de voir cet effort dans la présentation. Nous attaquons.

IMG_2522Les morceaux de poulet sont tendres sous la molaire, presque moelleux, glissants sans être huileux. La saveur du curry s’est bien mélangée à la sauce au coco, qui amène sa douceur subtile. Tout cela évoque sans ambiguïté les plats mauriciens servis aux touristes. C’est très sage, et même un peu trop. La sauce est peu abondante. Est-ce parce que nous avons demandé de remplacer les pâtes par du riz ? Car la serveuse avait expliqué le choix des pâtes à cause de la sauce épaisse. Cela est d’autant plus dommage, justement, que le riz est bien cuit, pas en colle mais pas loin, et aurait bu élégamment une sauce, quelle qu’elle soit, pour un rendu en bouche tout à fait magnifique. Au final, le plat d’avère frustrant par manque de puissance en goût, n’en déplaise aux délicats. Le rougail tomates « pour touriste » (aussi), hâché gros, ne peut pas faire grand-chose pour l’aider, étant logé à la même enseigne : fade.

(Première couche) Trouver dans des restaurants des rougails tomates authentiques, écrasés au pilon, où le piment, le gingembre ou le combava ont été préalablement broyés, c’est comme de la viande à « Koh Lanta » : miraculeux. Ces « rougails » coupés en cubes ont peut-être l’avantage de la rapidité et de la facilité, mais alors, de grâce, cessez d’appeler ça « rougail  tomate », miséricorde ! Parce que question goût : circulez, il n’y a rien à voir. Ce d’autant que les tomates des champs qui ont du goût se font de plus en plus rares. C’est en effet en broyant les ingrédients tous ensemble avec le kalou que les saveurs sont révélées et mélangées. Pas en coupant la tomate gros doigts en saupoudrant de sel et « lé bon pou ça même » !

IMG_2524Le vindaye quant à lui, pour continuer le voyage à Maurice, n’en est pas un. Le nom est usurpé, pour les mêmes raisons que le plat précédent, et même plus. D’abord, le choix du poisson ne nous paraît pas judicieux. Non pas que nous boudions l’Espadon, que nenni, mais la chair grasse et musquée du pélagique ne convient pas au plat, que l’on apprécie ordinairement avec du thon ou du marlin, dont la chair plus sèche se marie bien mieux avec l’acidité citronnée, le cumin joyeux, le piquant-croquant des oignons et des gros piments (s’il y en a), l’éclat des graines de moutarde, le curcuma volontaire, le vinaigre léger qui réveille les saveurs… enfin un vindaye quoi ! Un vindaye, nom d’une pipe ! Et le plat que nous dégustons, et qui, notez bien, n’est pas mauvais en soi, est à des années-lumières de la définition du vindaye. Tout au plus est-ce un cari d’espadon au rabais, car l’espadon autoritaire écrase la sauce jaune, grasse et sans goût, qui ne revendique plus aucune identité. Le rougail concombre qui l’accompagne, hors son croquant, ne lui est d’aucune aide, lui non plus. Au passage, le piment est aux abonnés absents dans ces accompagnements, qui n’ont plus que la fonction de décor, alors qu’il en pousse dans le jardin.

(Deuxième couche) Nous connaissons la rengaine :  « quand c’est trop fort, les clients n’aiment pas. » Ah bon ? Mais nous sommes où ici ? À la Réunion ou en Europe du nord ? Le piment ça peut aussi se doser. Si les touristes sont fragiles, il suffit de les prévenir, et de leur apprendre comment manger. Et s’ils sont curieux et ouverts, ils goûteront aux rougails pimentés, quitte a verser une larme ou deux. Un piment zoizo n’a jamais tué personne, saperlipopette.

Seules les lentilles affichent un peu de santé au milieu de ces plats décevants. Un repas comme ça en solitaire, c’est l’ennui, la dépression, un épisode de Derrick par temps de pluie. Notre voisin, lui, semble apprécier son rougail saucisses.

IMG_2531Les desserts viennent apporter de la joie. Le crémeux au chocolat est très correct, spongieux autour, coulant dedans. Les brioches façon pain perdu sont intéressantes, avec leur larmichette de miel, mais sans plus. Addition : 45 euros pour deux personnes. Bon rapport qualité prix, quand les plats sont bons aussi.

La villa Marthe est un établissement récent dans le paysage de Hell-Bourg, on pourra donc mettre la platitude des caris que nous avons dégustés sur le compte d’un coup de feu lié à l’affluence, du manque de temps, de la jeunesse, du cour du chouchou ou de l’âge du capitaine. Peu importe. Peut-être sommes nous mal tombés, et il ne faut pas grand-chose pour que le repas soit excellent. Cela tient vraiment à rien. D’autant que le service fut toujours impeccable, souriant et efficace, compte tenu des circonstances. Certains autres établissements pourraient en prendre de la graine. Ajoutez à cela un cadre parfait et une présentation soignée des assiettes, et l’argent « plus » est largement accessible. Sauf que pour aujourd’hui, ce n’est pas possible. La qualité globale des plats étant en retrait, la fourchette en inox s’impose. Les métaux nobles, ce sera peut-être pour la prochaine fois.

finoxPour résumer : Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats: bien • Service: très bien • Qualité des plats : moyens • Rapport qualité-prix :  perfectible.
Impression globale : table moyenne
Fourchette en inox

La présente critique a été réalisée le 14 mai 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

L’Auberge du Relais

L’Auberge du Relais a pignon sur la traversante de la bonne et guillerette ville de Saint-Leu. Le restaurant ouvre a midi. Pile. L’heure où nous débarquons, sans tambour ni trompette, comme d’habitude.

IMG_0136Nous sommes reçu par un aubergiste jovial, voire kasseur lé kui sur les bords, qui nous propose une table, puis sa carte, où sont listés la plupart des caris classiques : du rougail saucisse au boucané ti-jacques en passant par le cari de poisson, le cari de crevette ou son cousin cari camarons. Pour nous aujourd’hui ce sera un rougail zandouille (encore), et un civet de canard. Un ti punch excellent, bien citronné, nous chauffe les amygdales avant les hostilités.

IMG_0137Les plats ne tardent pas, d’autant qu’une mise en bouche est servie pour nous faire patienter : du boudin avec du achard de légumes. Ce dernier est coloré, comme de juste, et aussi très croquant. Il dégage son joli parfum de curcuma pimenté, associé à une petite l’acidité de bon aloi, ce qui réveille nos papilles et nous met en appétit. Le boudin est pâteux, mais son léger goût sauvage rattrape un peu sa consistance « mie de pain ».
C’est conséquemment bien disposés que nous accueillons l’andouille et le canard.

IMG_0140La cochonnaille nous paraît un peu grasse, au premier regard, et assez palote. Les premières bouchées sont toutefois encourageantes : c’est ample et moelleux. Point d’éléments cartilagineux à croquer, ce qui est un peu dommage quelque part, mais les saveurs sont là, soutenues par un sel tout à fait courtois. Des saveurs concentrées dans les petits morceaux de gras, justement, dont nous nous délectons, avec modération tout de même. Globalement, la puissance en bouche fait place à une délicatesse poivrée, au fumet domestiqué, même si les effluves musquées auguraient davantage de tempérament. En fin de bouchée, nous percevons une amertume-acide rappelant la fragrance caractéristique du citron-galet. Très intéressant.

Un petit piment vert « crasé » demandé en supplément du rougail citron moulu donne plus d’éclat au plat, qui, pour les amateurs, se sert pimenté à dose déconseillée aux mauviettes.

IMG_0146Le canard, dans son degré, emboîte le pas de l’andouille, si on considère sa force en goût. C’est sage, civilisé, tout en nuance. Rien à voir avec les civets torchés au gros rouge qui tâche, pilonnés au girofle. Tout de même, sans aller jusqu’à ces extrêmes, nous n’aurions pas boudé des sensations plus punchy. C’est un civet presque doux, qui décoincerait efficacement ceux qui n’aiment pas ça. La viande est standard. Non ce n’est visiblement pas un de ces bons vieux « canor » des hauts, élevé dehors, à l’eau de pluie. Le goût de la viande est conséquemment en retrait, bien que celle-ci offre une prise de dents convenable. Heureusement que l’assaisonnement est tout à fait correct. Le plat se mange donc sans faim, et sans grimace.

Les lentilles sont très bonnes. Elles nagent dans une jolie sauce légèrement épaisse, et leur velours est sublimé par la puissance poivrée d’un ravensare joyeux. Cela rappelle un peu l’odeur de terre mouillée à la campagne, après une ondée matinale. Le piment citron très moulu fait son travail. Le riz est correct, servi en bonne quantité.

Hélas, les desserts, très centrés sur les glaces, ne nous tentent pas. Pas de gâteau, ni de tarte aujourd’hui. Tant pis. L’addition se chiffre à 33 euros pour deux yabs. Le rapport qualité-prix est satisfaisant.

L’Auberge du Relais ne date pas d’hier. Et si nous en jugeons par ce que nous avons dégusté aujourd’hui, le chef n’est pas non plus né de la dernière averse, et Saint-Leu n’est pas réputée pour la fréquence de ses pluies ! Nous avons apprécié des plats exécutés avec maîtrise, au sel bien dosé, aux saveurs académiques, même si les produits ne sont pas forcément de très haute tenue, et peut-être un petit peu trop cuits, si on pousse un peu le bouchon. La gouaille du patron et la salle accueillante font oublier un aspect extérieur rébarbatif de vieille bâtisse brute de l’ante-pénultième siècle. Nous ne pouvons que souhaiter encore bien des années de bonne cuisine à l’auberge, et à l’aubergiste, Nicolas Périassaminadin, pour régaler la clientèle habituée et de passage. Tout cela vaut bien une belle fourchette en argent, avec recommandation de l’équipe.

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FourchettesPour résumer : Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: moyen • Service: très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix :  correct.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent avec recommandation

La présente critique a été réalisée le 28 avril 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

O Karambol

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Avril 2012, en ce même mois, nous sortons du restaurant Ô Karambol après lui avoir décoché une fourchette en plastique. Cinq ans sont passés et par un temps magnifique nous retournons dans le petit restaurant de Sainte-Marie, assis à côté du cimetière sur la rue principale.

La disposition des lieux a quelque peu changé. La salle est toujours la même, quoique les tables soient semble-t-il moins nombreuses. Un vrai comptoir pour le service des barquettes a été aménagé à côté, où les bacs à salades ont été installés. Nous nous installons dans la salle à midi pétante, accueilli avec le sourire de la patronne. Une formule entrée-plat-dessert est affichée à 18 euros, mais les salades, qui constituent les entrées, ont été déjà pillées par les clients, venus chercher pitance de bonne heure. Au menu aujourd’hui : rougail saucisses, civet de zourite, cari d’espadon, rôti de dindonneau, sauté de poulet, sauté de poisson et des côtes de porc. Nous optons pour le céphalopode et l’espadon, c’est vendredi (n’est-ce pas, donc), avec un petit supplément en rougail saucisse et un piment la pâte vert, du piment frais broyé fin avec une touche de citron.

L’apéritif précède de très peu les assiettes. Ces dernières sont bien dressées. C’est simplement fait mais agréable à l’œil.

IMG_0080Sus à l’octopus.
C’est salé. Limite trop salé, dégusté seul, heureusement que le riz arrange un peu l’affaire, ce qui permet au parfum du civet de ressortir. Le vin cuit, le poivre et le girofle restent assez sages, mais tout de même expressifs. Ils font danser le zourite dans une belle sauce épaisse, avec du liant, où des lointaines réminiscences d’iode chantent en cœur en arrière-plan. À la longue, on s’habitue un peu au sel surnuméraire, d’autant que la texture de la chair est très tendre, presque trop si l’on aime les sensations masticatoires plus franches. C’est un civet de salon, poli, débonnaire, qui a de la conversation et qui laisse de la place aux saveurs d’origine du zourite, ce qui est bien. Il plaira aux palais délicats et aux rétifs du gros rouge en cuisine.

IMG_0079À fond sur l’espadon.
Les morceaux du Cyrano pélagique nagent dans une jolie sauce orange-marron claire curcumatée comme il faut. La chair est fondante, bien davantage que celle du zourite, et heureusement, donnant son gras délicat sans timidité. Les bouchées sont savoureuses, d’autant que le caractère du poisson, trempé dans la haute mer, a été savamment maîtrisé pour se diffuser avec parcimonie dans tous les recoins de nos gencives, donnant aux épices un peu de place pour s’exprimer. Il reste sur la longueur une acidité parfumée de houle, en tandem avec une douceur fumée d’oignon fondu.

Les petits morceaux du rougail saucisses offerts à la dégustation, à notre demande, révèlent un plat très réussi. Les saucisses, à tendance maigres, dégagent un fumet subtil et intéressant que rehausse le persil. Tout cela est enrobé dans une sauce très réduite, où les tomates sont joyeuses.

IMG_0077Du bon riz bien cuit, aux grains détachés mais pas secs, accompagne les deux caris comme il faut, assisté de lentilles standards mais assez bonnes et du petit piment vert moulu, à la claque parfumée et efficace. On ne nous propose que des glaces en dessert. Tant pis. Nous prenons le café et réglons une addition de 35 euros, barquette d’espadon supplémentaire comprise. Le rapport qualité-prix est très correct.

En cinq ans, beaucoup d’eau a dû couler sous les ponts de Sainte-Marie. Nous ne sommes certes pas à l’abri d’émettre un avis dans des circonstances peu propices pour les restaurants au moment où nous les visitons, mais en l’espèce, il nous semble bien constater une belle évolution dans la qualité de la cuisine du « Ô Karambol ». Nous regrettons le manque de dessert (un gâteau ou une tarte maison aurait été bienvenu), et les entrées uniquement en libre-service. Une petite entrée, une seule, dressée dans une assiette, suffirait en effet à ajouter davantage de relief à ce moment privilégié du déjeuner, quitte à utiliser les produits exposés dans les bacs. Certaines personnes, quand elles sont assises, n’ont plus envie de se relever pour aller se servir. Les plats, pour leur part, sont très bons, même si une petite tendance à la main lourde est à noter sur le sel. Rien de dramatique. C’est conséquemment avec grand plaisir que nous attribuons au restaurant Ô Karambol une belle fourchette en argent méritée.

FourchettesPour résumer : Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: bien • Service: très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix :  perfectible.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La présente critique a été réalisée le 21 avril 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.